Ma vie amoureuse en français

Je me souviens encore de mon école primaire, qui avait seulement deux salles de classes. Mon père l’avait fait construire pour la petite communauté Catholique dans le village de Braeside, en Ontario (population 500 personnes).


Un jour, il m’a invité voir une grosse boîte de livres neufs qui venait d’arriver, et quand il l’a ouvert ça sentait encore l’encre fraiche. Il m’a dit : ‘Jennifer, tes ancêtres parlaient français et je veux qu’il y ait un cours de français dans ton école’. Je ne sais pas combien de temps ça lui a pris, mais ça m’a vraiment allumé et m’a donné le gout d’apprendre le français.


Plus tard, à l’école secondaire, dans un cours de sciences sociales, j’ai élaboré un contrat de mariage et ai donné des noms français à mes six futurs enfants (noms qui j’ai vu dans l’arbre généalogique de mon père).


Une fois graduée de l’école secondaire, j’ai découvert que notre premier ministre Trudeau offrait une bourse aux élèves canadiens qui voulaient faire une immersion en français au Québec. Je suis alors partie vivre dans un grand dortoir à l’université Laval (avec 900 anglophones) ou je suis tombée en amour avec la ville de Québec, la traversée de Lévis, la culture québécoise et surtout la musique! On nous a emmené voir des spectacles de Gilles Vigneault, de Pauline Julien (c’était en 1973), et Diane Tell, on a étudié une pièce de théâtre en joual, et tous les soirs on mettait de la musique française dans une salle de jeu. Quelle belle expérience! Je ne parlais pas encore beaucoup le français, mais j’avais la piqûre!


Un des moments forts de cet été était quand mes parents sont venus me chercher, et on a fait le tour de la Gaspésie en camping. Regardant l’ile de Bonaventure, on mangeait du crabe frais sur le bord du St Laurent sous la pleine lune. Je me sentais avoir été un goéland sur le Rocher Percé dans une vie antérieure, et je ne voulais pas partir. Mon pays ce n’est pas un pays, c’est le fleuve…


Trois ans plus tard, j’ai eu la chance de vivre et de travailler à Québec, et la redécouvrir pendant les années de la révolution « pas très tranquille » , c’est-à-dire, au moment de l’élection du Parti Québécois en ’76. Il avait de la musique partout et une énergie vive! J’ai même voté pour les séparatistes, tellement que j’étais en amour, pas seulement avec Yvon Tremblay, un cuisinier végétarien de Chibougamau avec qui j’ai ouvert un petit restaurant dans Le Café l’Hobbit sur la rue St Jean, mais avec la vibe et l’énergie qui régnaient. La musique d’Harmonium jouait dans les vieilles rues de la ville, c’était le printemps de mes vingt ans, et je flyais avec des jeunes hippies qui apprenaient à méditer et à faire du tofu.


Quelques années plus tard, de retour à Montréal après un séjour en Ontario, j’étais à nouveau amoureuse d’un francophone, mon futur mari. Jacques jouait de la musique, il méditait comme moi, et on voulait tous les deux retourner à l’école, moi en création littéraire à Concordia (en anglais), lui en administration des affaires (MBA). Dans un de mes cours prérequis, j’ai tenté d’améliorer ma grammaire française, qui ne sera jamais parfaite, mais bon!


A la même époque, mon père était passionnément plongé dans ses recherches généalogiques. Il avait trouvé un ancêtre qui était aux côtés des Patriotes durant la rébellion de 1837. En 1878, mon arrière-grand-père Joseph Marin Boire partait de Granby et traversait l’Amérique pour aller travailler à Verdi au Nevada. Mon grand-père est revenu à Montréal avec sa famille quand il avait 18 ans; ayant fait ses études là-bas, il parlait plus anglais que français. Il a marié une francophone, Irène Lesage, qui parlait aussi l’anglais. Après une génération, nous sommes devenus anglophones.


Mais mon père m’a tellement encouragé à apprendre la langue de mes ancêtres (malgré la langue américaine-irlandaise de ma mère) que je suis resté accrochée au français – mes enfants sont allés à l’école en français ici à Montréal. Nos amis et notre musique chevauche les deux langues, ma belle-famille ne parle que le français et moi, je m’aventure bientôt sur l’océan de la langue de Molière (avec la trame sonore des Sœurs Boulay et Serge Fiori) en offrant une formation de facilitatrices de SoulCollage® en français totalement.


Même si j’ai peur de faire des erreurs, de ne pas être parfaite, et de faire rire de mon accent, je vous promets que mes arrières grands-pères et grands-mères (depuis 8 générations) sont derrière moi.



Partons, la mer est belle! Larguons les amarres!






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